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Des nuits pâles, où ce sont les larmes qui nettoient l'amour.

Le 25 janvier 2015, 23:09 dans Humeurs 0

Ma femme portait ses seins comme des funambules, perdus dans l’équilibre entre le temps qui passe, et la jeunesse qui persiste. Deux noisettes décoraient son visage au dessus duquel s’étendait un champ de blé, qui aurait pu nourrir le monde. Deux bras longs flottaient dans les airs comme des lianes, reliant ma femme à son monde, dans lequel elle évoluait avec la grâce d’une jeune danseuse. Ses cuisses, couvertes d’une jolie peau d’orange, rougissaient sous mon regard, qui tentait de la tapisser de tendresse. Le soleil s’étirait au dessus du monde quand nous eurent finis cette nuit aquatique, visitant des océans de petites larmes, couvert de nuages orageux. Dans ma femme habitait l’ivresse du chagrin et la paisible vague d’un désespoir du quotidien. Elle luttait contre l’ennui, pleurant des torrents pour tout détruire, afin qu’il n’y eut plus qu’à tout reconstruire ensuite. 

De l'amour et d'la viande.

Le 25 janvier 2015, 23:08 dans Humeurs 0

Je suis un produit noble. S’il fallait me manger, j’aimerais que l’on en tienne compte. Raffinée, donc, pas un de ces plats de brasserie, vulgaire et bon marché. Un met fin, préparé du bout des doigts, pour ne pas me blesser, pour ne pas me vexer.

Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler de la viande tendre. Cela demande d’en tenir compte. Pas assez cuite, refroidie, cela casserait des dents et donnerait sur les visages des mines de dégout. Note que, même de là où je serais, j’arriverais sûrement à en rire. Je me dirais : bien fait, on ne traite pas les vraies dames comme de pauvres idiotes, on ne cuisine pas la biche comme le cochon.
Bien cuite, je suis l’équilibre. Ni trop molle, ni trop dur. Mais toujours tranchée, avec ceux qui m’aime, et ceux qui me recrachent discrètement dans leur serviette. De toute façon, pour bien me cuire, il faut bien me connaitre, et les secrets de ma préparation ne se dévoilent qu’après de longs essais erreurs. Pas de recette toute faite, donc, mais de l’intuition.
Trop cuite, je dois bien l’avouer, je m’avachis alors sur les langues comme une purée ratée, lisse, fade. Trop cuite, je deviens l’absence. Trop cuite je deviens l’ennui. Le plateau qu’on s’enfourne distraitement devant la télévision, et l’estomac qui me reçoit, plus trop sur de lui, plus sûr d’avoir envie.
S’il fallait vraiment, que dans une soirée folle on cuisine pour un palais digne ma viande compliquée, j’aimerais que cela soit une longue recette. J’aimerais être face à face avec mon cuisinier, et qu’il me dise alors, sûr de lui, ah, ça y est, tu y passes, et que moi, assez à mon aise, mais d’un air timide, bien sûr, c’est comme ça que les dames font, je lui fasse confiance pour laisser à mon être toute son essence.

Il tendrait le bras vers moi, et me déshabillerait, voyez-vous, je suis bien meilleure nue. Puis, étendue de tout mon long sur son plan de travail, je n’aurais pas le choix que de l’écouter. Il me promènerait alors, comme on promène un gosse, du bout de ses mots, dans des contrées magiques, sur le dos de licornes ou de chevaux boiteux, qu’il rendrait magiques, dans son effort pour me convaincre alors de devenir tendre. C’est là en fait, l’étape cruciale de ma préparation : m’attendrir, me faire fondre, et à aucun moment ne me donner l’envie de fuir. Au moindre faux pas, le cuistot n’est plus assez bon pour moi. Et alors dans une bataille de non dits, la viande se rhabille et part… Sans dire merci.

De la subtilité, donc, et puis d’une main gauche, la droite occupée à faire diversion sur le creux de ma main, il faudrait palper et voir, quel morceau de tendresse semble cuisinable. Assez attendrie, je me laisserais sans doute découper sans trop résister, et d’un geste délicat, il faudrait m’enlever un morceau d’une taille raisonnable. Pas trop. Trop, je suis indigeste. Trop, même moi je ne me digère plus. Je suis excessive, en tout, et bien mal en point celui qui me consomme en excès. Et puis je suis pour le partage, et il y a de nombreuses bouches à nourrir.
Un morceau d’une taille, donc, que je serais prête à concéder. Si je suis dans une phase trop tendre, je concède mon corps, puis ma vie, en entier. Dans une phase d’équilibre, un peu, peut-être, d’un sein ou d’une hanche, comme un souvenir de moments passés ensemble, qui mérite d’être donné, d’être tenu entre ses mains, avant qu’il me libère. Dans une phase sans tendresse, mon pied, cruel et sans appel.

Une fois le morceau précieux entre ses mains adroites, et en admettant que jusque là, tout se soit bien passé, j’aimerais que mon cuistot me mette dans un joli four, décoré de plumes d’oiseaux blancs, de ciel bleu, de sable fin. Cuisson à basse température, 20 à 35 degré toute l’année. A cette température, je ne suis jamais aigre. En dessous de cela, je suis amer, molle et sans la pointe d’acidité qui me rend admettons le, si particulière. Au dessus de cela, je deviens agressive : j’attaque le palais qui me reçoit alors comme on lècherait une dame en maison de retraite dont les aides soignantes font la grève nationale.

Après quelques années, mon cuistot n’en pourrait peut-être plus, des soins qu’il donnerait à cette cuisine sans fin. Je ne voudrais pas qu’il me congèle ou me mette en conserve. Qu’il abandonne alors ma préparation à cuistot plus patient que lui, plus passionné encore. Qu’il laisse faire les amoureux, si l’amour de la cuisine, si l’amour de la cuisinée, ne l’atteint plus vraiment, au point qu’il puisse souhaiter m’oublier, et me laisser au froid, m’oublier, et m’laisser à l’étroit.

 Qu’il consomme sa part, de nos doux souvenirs, et puis me laisse partir, si l’envie lui en dit, où continue la cuisson, sans trembler, sans craindre, de voir un jour son morceau, son joli morceau de poésie, son beau morceau de viande, dont il a tant pris soin, devenir trop cuit, fripé, sec et sans jus. Devenir ce qu’la vie fait, donc, aux choses vieillies, qu’on garde par tendresse, plus vraiment par passion. La tendresse, j’y crois, à la longue de l’amour, je ne suis pas un produit que l’on consomme vite fait.

 

Si vraiment il le veut, mon cuistot le peut. Qu’il attende le plus longtemps, avant qu’on en finisse, et qui vivra verra, qui vivra aimera. Je suis de ces produits qui vous font la promesse, sur un palais charmé, d’avoir un jour l’audace de me goûter. Qu’on me cuisine, j’y concède, avec plaisir et délicatesse, j’y mettrai même du mien, affolante, affolée. Mais que l’on me dévore, me possède en entière, ça je le déplore, je refuse qu’on m’enterre.

C'est le temps qui fait fleurir les souvenirs.

Le 25 janvier 2015, 23:01 dans Humeurs 0

La maison est silencieuse, seule l’horloge fait sentir le poids du temps, temps qui passe ou lasse, et lui se réveille doucement, bien qu’il n’ait pas vraiment de raison de se lever, à part peut-être pour satisfaire des enfants, encore bien dépendants, éternelle blague de l’autonomie (un jour peut-être), et des petits enfants, aussi, ingrate jeunesse et maudite époque d’un monde qui ne tourne définitivement plus rond, et satisfaire, donc, ce monde autour de lui, qui pourtant ne tente pas de savoir si il vit encore de satisfactions, vieux, ramolli, poussiéreux, puis aigri, qui se lève donc, les jambes lourdes, les articulations grinçantes, le moral gonflé de blessures à l’égo, et qui une fois debout, tente ses premiers pas, premiers pas de vieux, dans une journée ternie, dans une maison lourde, ou le temps se subit, et puis les escaliers qui se font trop présents, et où chaque marche est un affront au temps, et son dos qui se plie, sous la courbe distraite de sa colonne ahurie par son cœur qui s’entête, et sa femme au fourneau, qui réchauffe le lait, et qui, toute aussi lasse de vivre, tente un sourire en coin, qui ne cache en rien l’ennui d’être encore deux vivants, encore sa même tête, qu’il aime toujours autant, mais de laquelle la vie a refait la peinture, laissant autant de rides en guise de fioritures, et l’horloge qui toujours rythme le tempo maudit, d’un temps qui se moque d’une musique qui ennuie, et bien qu’à table déjà, l’appétit ne pointe pas et laisse les vieux dans un tête à tête anorexique, l’ennui du cerveau est la chute du corps, mais la morale, alors, oblige la tartine dans le gosier découragé de subir l’horrible autorité divine qui interdit le suicide, puis il est déjà temps d’aller laver ce corps qu’on traîne bien trop lourd, et devant le miroir tous ces os bien en vue font peur, font peur à voir, au cœur en cohue, gant de toilette froid, et savon qui hydrate, laisse autour du cœur tout cet amas de crasse, et obligé encore, d’aller jusqu’au bout, notre vieux qui se hisse jusqu'à son île en paix, télévision, repos d’une âme devant l’horreur, qui chante le vacarme que fait encore le monde pour ceux qui sont dehors, et son cœur déjà gronde d’avoir perdu son corps, puis dans un geste distrait, la main presse un chiffre, au hasard, en retard, ou peut-être en avance, c’est l’sommeil qui revient avec en fond malin, Arte pour le guider dans des rêves légers. 

 

Me voila à nouveau. Jeune. Invincible. Bien plus vivant. Je marche. L’herbe est fraîche. Je sens. L’air est léger. La poésie m’entoure. Quel bonheur. Elle est là. Elle a aussi fait le voyage. Je suis content. Je lui souris. Elle me sourit. Je me couche. Près d’elle. On est vivant. Pour du vrai. Je lui prends la main. Elle est belle. Elle est lisse. C’est bizarre. C’est étrange. Comme ça m’avait manqué. Ses cheveux bouclés. Son décolleté plongeant. Elle m’aime. Ca se voit. Je l’aime. Aussi. L’herbe est claire. Ca sent le printemps. Mon nez profite. Ma main aussi. Elle me caresse. C’est bon d’être vivant. On s’allonge. Le voyage a duré. Soixante deux années. Le temps d’avoir vingt ans. Je profite. Elle a l’air insouciant. Pas de regrets. Je n’en ai aucun. Quand je la vois. En rêve. Pas de regrets. Être vieux. Avec elle. Les soixante ans passés. Je n’en changerais aucun.

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